Se poser la question du Pourquoi ou du Comment

Quand il survient un évènement, quelle question vous posez-vous ? Pourquoi est-ce que cela (m’)arrive ou Comment est-ce que cela s’est produit ? Cela pourrait paraitre anodin, mais c’est en fait révélateur d’un rapport au monde. Suis-je fixé sur le sens ou suis-je fixé sur le processus. Et quelle différence entre les deux ? Sans jugement, pour mieux nous comprendre mutuellement.

POURQUOI -> Etre fixé sur le sens mène à produire des hypothèses que l’on s’efforce de vérifier et valider, de toutes les manières possibles : scientifiquement, philosophiquement, religieusement, culturellement, médicalement, historiquement…. C’est un fondement de la culture judéo-chrétienne. Tout évènement est associé avec un sens révisable tout au long de la vie ou définitif.

COMMENT -> Etre fixé sur le processus mène à explorer les liens de causes à effets, sans chercher absolument à les nommer. C’est le propre de la culture bouddhique qui se concentre sur les expériences réelles en veillant à apaiser le mental pour éviter de les nommer et leur donner du sens.

QU’EST-CE QUE CELA CHANGE ? TOUT

Dans la première optique, en mettant la priorité sur le sens, on met le réel au second plan, on le réinvente pour qu’il colle au sens que l’on veut donner à la vie, aux circonstances. Le sens devient une quête et la réalité est perçue comme les conséquences de ce sens. Dans le champ perceptuel, le sens devient plus réel que les faits. La réalité n’est plus l’essence de la vie. C’est le sens qui en devient le sel. Avec un oeil pessimiste on pourrait croire que la réalité est sacrifiée sur l’autel d’un hypothétique sens supérieur. Avec un oeil optimiste on pourrait croire que le sens permet d’élever le réel et de le sublimer. C’est bien sûrement parfois l’un, parfois l’autre. A chacun d’en faire l’expérience dans sa vie.

Dans la seconde optique, en mettant la priorité sur le processus, on met le sens au rebut. Chaque évènement est vécu pour ce qu’il est au moment où il émerge, comme étant la résultante de certaines causes (connaissables ou non) et la cause de prochaines conséquences (connaissables ou non également). Toute cause est en lien avec d’autres causes (interdépendance) d’où les difficultés avec une conscience humaine de comprendre toute les ramifications à l’oeuvre. Mais comprendre d’un point de vue cognitif n’est pas important ici, car l’on considère que la cognition et le mental ne pourront jamais se faire une représentation intégrale de la réalité. D’où l’inutilité de chercher du sens. D’où l’utilité de rester dans la réalité brute de l’expérience. Avec un oeil pessimiste on pourrait croire que l’absence de sens rend tout vain et incertain, ce qui peut être effrayant. Avec un oeil optimiste on pourrait croire que cet accueil non conditionné du réel est apaisant, libérateur et un retour à la source. Là aussi, c’est parfois l’un, parfois l’autre. A chacun d’en faire l’expérience dans cette vie.

EN RESUMÉ

Le pourquoi nous amène à poser la conscience sur ce qui devrait être, pour que ce soit juste et sensé, alors que le comment nous amène à poser la conscience sur ce qui est pour connaitre le réel et ne pas construire par dessus.

Les premiers réduisent la valeur du réel pour investir pleinement la représentation supposée d’une force au-delà, animant ce réel et donnant le sens nécessaire à l’acceptation de ce réel. Le réel doit coller au sens qui devient la norme. Si cela n’est pas le cas, il y a anormalité ou faute, d’où la recherche constante de la faute qui rend le réel anormal. Il ne peut y avoir de vie juste hors de ce sens et de ces normes car cela équivaut à être coupé de la force supérieure qui anime ce réel. Le réel doit s’inclure dans le sens et chaque être mener une vie conforme à ce sens pour parvenir à l’être « parfait », ou à minima conforme.

Les seconds réduisent la valeur des hypothèses et représentations supposées donner du sens, pour chercher la connaissance et la réalisation dans le réel et dans les expériences vécues en évitant toute interprétation, mentalisation et recherche de sens. Le réel est la base de la réalisation et doit donc être pleinement investi et accueilli tel qu’il est. Il ne peut y avoir ni norme, ni anomalie, ni faute, juste une multitude de possibles et phénomènes divers et variés ainsi que des causes et conséquences perceptibles de plus en plus subtilement par la concentration (méditation sur le réel). Le réel se révèle de plus en plus clairement, ultimement c’est l’éveil. 

L’ESSENCE DES DIFFÉRENCES 

Les uns pratiquent pour trouver du sens, et ultimement « Le sens de tout » alors que les autres pratiquent pour cesser de chercher du sens. Là où les uns se demandent « QUEL EST LE SENS DE LA VIE (et de tout) ? », les autres cherchent à faire l’expérience de « LE SENS DE TOUT, C’EST QUE RIEN N’A DE SENS* ».

Ce qui les réunit, c’est la vie humaine et l’amour qui invitent à toutes les voies d’éveil.

Christelle Hauteville-Chadorla 

* Citation de Chogyam Tryungpa

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Christelle Hauteville Chadorla

Philosophe – Auteure –  Chroniqueuse

L’alliance de 2 belles cultures, française et bhoutanaise, unissant raison, spiritualité et sagesses bouddhistes, pour plus de lucidité et de conscience.

Egalement :
– Formatrice et thérapeute en Libération émotionnelle et karmique, dans une approche de psychologie, philosophie et méditations bouddhistes appliquées
– Fondatrice et gérante du centre bouddhiste Chadorla

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