Et si on arrêtait de faire semblant ?

Je rentre de vacances aux abords du lac Léman où j’ai côtoyé ma famille, des touristes, des autochtones, des saisonniers, de vieilles connaissances… et je constate combien ma perception des gens, des rôles, des postulats et des comportements s’est affinée en dehors de ma pratique professionnelle, dans ma vie courante. Quand le Je n’est plus au centre des relations, la conscience plus sage, plus éveillée accède plus directement à ce que les autres émettent, en-deçà de leurs mots et de leurs gestuelles et en dehors de toute identification et filtre.

Croire en ses projections et « faire semblant » que ça aille bien

La conscience plus sage voit combien chacun s’efforce à maintenir son monde (bien illusoire), ce qu’il a construit à coup de pensées, d’intentions, de volonté, d’actions, de sacrifices, de conditionnements, d’adaptations, d’idées de soi, de travestissements aussi. Combien chacun rejette tout ce qui ne vient pas enrichir son monde illusoire. Combien chacun croit mordicus en la réalité de son monde. Combien chacun oriente toute son énergie à le maintenir, le renforcer, le rendre plus ceci ou plus cela. Combien chacun subit son enfermement à l’intérieur de son propre monde.  

Mais aussi, et surtout, la conscience plus sage, plus éveillée voit comment chacun ignore et occulte tout ce qui pourrait remettre en question ce qu’il a déjà créé et ce qu’il veut créer. Surtout ne pas remettre en question l’idée de ce que je fais de ma vie et de mes relations, de ce que je suis, même si cela est limité et inconfortable. 

Et au-delà, chacun continue à alimenter l’illusion en mettant du sens sur ce qui est vécu. Si cela a du sens, alors c’est que ça doit être vécu ainsi même si c’est mal-être. Comme si le sens rendait les choses vraies et imparables. Et il est fait appel à la destinée pour s’extraire de sa propre responsabilité dans ce qui est vécu et dans ce qui pourrait être changé. Ou encore il est fait appel à la psychologie pour rationaliser les expériences de vies, les expliquer, trouver leurs origines dans notre enfance pour mieux s’extraire encore une fois de sa propre responsabilité individuelle et éviter de se remettre en question fondamentalement. Encore une fois donner du sens à tout cela et renforcer l’idée de soi et de son histoire, de son parcours de vie et de la nécessité de tout cela. 

Ce que je vois et perçois dans les comportements révèle une toute autre réalité

Pour ma part cela n’a pas de sens, pas de fondement solide.
– Occulter et faire comme si de rien n’était pour continuer à vivre
– Minimiser ce qui arrive pour ne pas avoir à l’affronter
– Faire semblant que c’est normal pour maintenir l’illusion, le monde auquel nous nous identifions
– Se mettre sous anesthésie pour tenir le coup et survivre
– Donner du sens pour apaiser le mental et faire taire l’intuition qui taraude et voudrait amener à tout refondre
– Laisser monter la colère et le sentiment d’impuissance et reporter la faute sur les autres
– Chercher des voies rapides d’évolution sans vraiment y croire ni s’y investir
– Souhaiter que les choses changent sans rien changer à ses comportements
– Finir par être fataliste et soumis à ses propres créations, parce qu’on ne voit pas au-delà

Ces comportements n’apportent pas de réponse aux aspirations de chacun

Le sens n’est bien souvent qu’hypothèses posées à postériori. Le sens permet au Soi de se consolider, de valider son histoire et de se forger une représentation de sa vie, de la vie dans laquelle il peut se projeter. Ce n’est pas faux, ce n’est pas à bannir, ce n’est en fait que nouvelles illusions posées sur des illusions déjà existantes. C’est un renforcement des illusions.
Occulter, faire semblant, minimiser et se mettre sous anesthésie ne résout rien. Cela ne fait que mettre sous couvercle un certain temps et ne fait que reporter la nécessité de gérer et transformer ce qui doit l’être à un moment ultérieur où il sera plus difficile d’intervenir, tant le problème aura été consolidé et les ramifications complexifiées.
Rien ni personne n’est responsable de notre colère. C’est une émotion qui s’élève en nous, elle dépend donc de nous et de notre répertoire de réponses et réactions face aux situations. Cette émotion rejète ce qui est, veut autre chose pour maintenir l’illusion, le monde créé. Elle est la conséquence du faire semblant, de l’occultation, de la minimisation et de l’anesthésie.
Les solutions rapides n’ont jamais amené de nouvelles bases solides et fiables. Pour cela, il faut un travail en profondeur, personnalisé et en conscience.
Attendre que les choses changent d’elles-mêmes entretient le fatalisme et réciproquement.
Et tout cela éteint notre responsabilité individuelle qui est pourtant l’ingrédient indispensable pour sortir de nos schémas de souffrance, de nos mal-être.

4 prises de conscience fondatrices pour reprendre le lead

Dans ma compréhension et selon mon expérience, c’est par quatre prises de conscience fondatrices que chacun peut reprendre le lead sur son monde, sur ses créations illusoires et s’inventer une autre vie.
1- Accepter d’avoir tort. Parce ce que si vous commencez à concevoir que ce que vous pensez, ce que vous vivez, ce que vous concevez n’est pas une vérité solide, alors tout peut être modifié, transformé. Et avec le temps, chacun peut transcender tous les aspects de sa nature, de ses croyances, de ses pensées, de ses conditionnements, de sa représentation de ce qu’il a vécu dans son enfance, de ses mémoires et des émotions associées à tout ce vécu. Son devenir sera tout autre. Pour faire cela, il est nécessaire de débuter par une remise en question systématique de vos pensées. Comment cette pensée a-t’elle émergée ? Quelles sont les causes de son émergence ? Est-ce que je veux la conserver ? Se dissout-elle par elle-même du simple fait d’être conscientisée ? Si non, par quelle autre pensée la remplacer ?
2- Accepter de voir sans rien occulter. Aussi bien en soi que dans votre environnement, avec ce qui entre en contact avec vous. Pour cela, donner la consigne à sa propre conscience de voir la réalité telle qu’elle est, au-delà de vos filtres. Pratiquez aussi la méditation du calme mental pour amener la vision pénétrante.
3- Accepter d’être atypique et libre. Pour cela, cessez de chercher des solutions pré-formatées faciles et rapides, comme si vous étiez un moteur auquel il suffisait de changer la pièce défectueuse ou reconnecter un branchement. Si cela fonctionnait, chacun aurait résolu son mal-être depuis longtemps alors qu’il semble au contraire que les gens soient de plus en plus en demande qu’avant. Ces solutions pré-formatées ont créé plus d’attentes que de mieux-être.
En fait chacun est un assemblage unique d’histoires, de karmas, de croyances (religieuses, culturelles, familiales ou même scientifiques), d’émotions, de facultés… Chacun a aussi des choses différentes à vivre, un potentiel unique. Ce qui fonctionne pour une personne ne sera d’aucune utilité pour une autre et pourra même être une source de perturbation pour elle, ne serait-ce qu’en alimentant une recherche effrénée créant un mouvement intérieur permanent empêchant la sérénité et le lâcher-prise tant recherché. De même, des attentes hors d’atteinte émergent apportant frustration et sentiment d’échec, d’impossibilité à changer réellement.
4– Accepter sa responsabilité individuelle. C’est ainsi que vous reprenez le lead sur votre vie, pas pour s’accrocher, faire vivre des illusions intenables ou tout maitriser* mais pour vivre dans la réalité et en tirer le meilleur parti. Au-delà, il sera possible d’influencer cette réalité en conscience des causes**et des conséquences***. Enfin, il sera possible d’être en phase avec le monde, la vie, les autres et ce que vous avez au plus profond de vous.

Arrêter de faire semblant, c’est accepter sa responsabilité individuelle et devenir authentique.

Christelle Hauteville-Chadorla

________
*Tout maitriser est impossible du fait de l’interdépendance et de l’impermanence.
**Les causes : ce qui est injecté dans cette réalité : pensées, paroles, actions et intentions.
***Les conséquences : ce que les causes ont généré.

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Christelle Hauteville Chadorla

Philosophe – Auteure –  Chroniqueuse

L’alliance de 2 belles cultures, française et bhoutanaise, unissant raison, spiritualité et sagesses bouddhistes, pour plus de lucidité et de conscience.

Egalement :
– Formatrice et thérapeute en Libération émotionnelle et karmique, dans une approche de psychologie, philosophie et méditations bouddhistes appliquées
– Fondatrice et gérante du centre bouddhiste Chadorla

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