Vivre pleinement là où sont nos pieds

Vous êtes vous déjà senti emporté par un désir irrépressible ? Avez-vous senti le mouvement qui vous éclate, prend une part de vous pour la rapprocher de l’objet de son désir ? C’est la base même de la vie humaine, chercher à vivre des choses et à satisfaire nos désirs. Si vous cherchez à vous réfréner, la frustration arrive, le sentiment de perte grandit et la tristesse de ne pas être comblé se diffuse. Nous tombons dans le mal être, notre esprit connait la soif car il n’a pu l’étancher suffisamment. 

Une autre dimension du désir, c’est de chercher non plus à s’accaparer l’objet de son désir, donc une chose extérieure, mais de simplement chercher. Le mouvement de se décentrer, de partir saisir quelque chose pour le ramener en soi et se sentir comblé est désormais tellement installé qu’il va chercher par habitude, même quand rien ne vient le solliciter. Il devient alors impossible d’être présent. Une amie décrivait très bien ce mouvement. Un matin elle se lève, visite son jardin et se sent appelée par les pommes de terre « Nous avons soif ». Elle voit bien que les pommes de terre ont soif. Mais elle ne les arrose pas. En elle, un mouvement s’élève qui cherche ce qu’il y a d’autre à faire. Sans motivation, sans justification et sans pensée particulière. Juste un mouvement qui cherche ailleurs. C’est ainsi que la stabilité et la présence dans l’ici et maintenant est impossible. L’esprit court après des chimères et ne s’occupe pas de ce qui est là, présent, réel. Et pourtant toute les qualités réceptives sont là, comme la reliance parce que cette personne sent bien les besoins des pommes de terre. Mais la recherche pose un voile, rend la réalité irréelle et cherche ailleurs. Elle se créé d’autres moments présents mais illusoires. 

Ces deux modes de recherche, la recherche de satisfaction de nos désirs et la recherche d’autre chose possiblement à vivre sont des souffrances immenses, malgré leur subtilité. Il nous est bien difficile de nous rendre compte de ces mouvements, de ces appels qui nous éclatent. Une fois en quête, nous laissons des bouts de nous un peu partout sur notre passage. Nous avons besoin de ne pas nous séparer de ce que nous avons vécu, aimé ou même détesté. Nous nous attachons à ce qui nous a marqué. Cela devient une extension de nous. Le désir se mue attachement, il aime s’attacher ce qu’il a fait sien. Et cela jusqu’à perdre notre unité. L’éclatement est l’opposé de l’unité. Il donne l’impression de vivre des choses multiples, de vivre tout simplement, d’expérimenter. Mais il empêche surtout de vivre le moment présent ici bas, il empêche d’être présent à notre vie, dans cette vie ci, là où sont nos pieds.

Une autre personne m’a dit un jour « Je ne suis pas sur le bon chemin. Ce n’est pas ma vie. » Cela m’a surprise, bien que j’entende régulièrement ce type de discours. C’est une belle illustration de ne plus être présent à sa vie. Nous ne pouvons pas être ailleurs que là où sont nos pieds, sinon nous sommes « barrés ». C’est d’une logique imparable. Il est tout à fait possible que nous ayons d’autres choses à vivre et que nous le désirions. Mais il est vain de se dire que nous ne sommes pas au bon endroit. Nous sommes exactement là où nos pas et nos actions nous ont menés. On prend déjà pleinement possession de cette place, on cesse de se barrer ailleurs pour chercher un ailleurs meilleur, et on demeure dans notre corps, dans notre vie. Et bien installé là, présent à ce qui est et ce que nous avons créé, nous pouvons alors initier une bifurcation, créer un autre chemin, pas après pas, action après action, parole après parole. Le chemin n’est pas une abstraction de l’esprit, c’est une construction progressive et consciente. Oui, consciente. Il n’y a pas de réel chemin sans conscience. Dans l’inconscience, sans présence, sans vivre pleinement là où sont nos pieds, il n’y a qu’illusions, hypothèses, désirs, quêtes et fantasmagories.

Alors cessons la recherche pour la recherche, la recherche qui empêche d’être là, de vivre sa vie en conscience. Vivons pleinement là où sont nos pieds et allons là où nous voulons aller avec nos pieds. Ainsi nos rêves deviendront nos réalités, foulés par nos pieds.

Christelle Hauteville-Chadorla 

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Christelle Hauteville Chadorla

Philosophe – Auteure –  Chroniqueuse

L’alliance de 2 belles cultures, française et bhoutanaise, unissant raison, spiritualité et sagesses bouddhistes, pour plus de lucidité et de conscience.

Egalement :
– Formatrice et thérapeute en Libération émotionnelle et karmique, dans une approche de psychologie, philosophie et méditations bouddhistes appliquées
– Fondatrice et gérante du centre bouddhiste Chadorla

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