Le Soi vu par l’occident et le non-soi vu par le bouddhisme

Je sais qu’il est difficile de concevoir l’au-delà du soi pour les occidentaux (et même les orientaux) dont les fondements de la vie relèvent de 2 vues diamétralement opposées(1) :
– dans une vue scientifique matérialiste : la vie est le résultat de la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule. La conscience est créée ensuite par le cerveau.
– dans une vue spirituelle : la vie est le résultat de l’émergence d’une âme, créée selon les croyances par Dieu ou par une force de l’univers.

Dans la vue bouddhiste profonde (Mahayana et Vajrayana), il est montré le non-soi. Cette vue ne contredit pas les 2 précédentes qu’elle connait. Elle voit leur réalité, elle voit que ces 2 vues sont à l’origine de réelles créations. Parce que ces vues existent, elles génèrent leurs propres créations. Mais la vue bouddhiste voit aussi au-delà, sur des plans plus subtiles.

Qu’y a t’il avant, en sous-jacent à ces 2 vues occidentales ?
Imaginez la vacuité. Oui, je sais, c’est une gageure, mais simplement imaginez un espace ou tout peut être créé, par le jeu d’interdépendance (l’énergie rencontre une intention et lui donne vie) et des causes et conséquences (ex : une intention d’amour fait émerger un être bienveillant, une intention de colère fait émerger un dictateur, une intention de compassion combinée à une intention de colère fait émerger un être plein d’amour souhaitant la fin des souffrances et cherchant des solutions pour les aider quitte à les contraindre malgré eux).

Mais revenons à un processus qui vous permettrait de concevoir comment les choses peuvent émerger. Donc, dans cette vacuité qui est toute sagesse car elle sait tout ce qu’elle contient donc tous les phénomènes qui ont été créés, il y a cependant un attribut naturel qui amène à perdre la sagesse globale et à ne voir qu’une partie, notamment ce qui est expérimenté à un moment et de la figer : cela s’appelle l’ignorance. L’ignorance n’est rien d’autre que la perte de la sagesse du tout, de la sagesse qui sait tout. La sagesse ne sait plus tout, mais qu’une partie et elle va faire des suppositions sur cette infime partie qu’elle connait. De cette réduction de la sagesse, émerge aussi une expérience limitée qui se focalise sur elle-même, ce qui amène la séparation et la création de l’idée de soi, de l’importance accordée à soi et du fait de se mettre au centre de tout. De là des intentions « individuelles » s’élèvent, ce qui conduit à des choix et actions et à la création des karmas, des mouvements qui vont créer des traces dans la vacuité (d’où l’image des graines semées et qui éclorons à un certain moment, quand les causes et conditions seront réunies). Ces karmas ont une force de propulsion, ou autrement dit les intentions deviennent mouvements de fonds auxquels l’énergie de vie donne vie. C’est la base des naissances et renaissances, que ces naissances soient incarnées dans la matière (humaines, animales…) ou êtres de lumière, ou encore divinités et tant d’autres possibles.
Dans cette vue bouddhiste, la notion de Dieu intervient. Une énergie séparée puissante peut elle-même donner vie à d’autres créations. Donc Dieu, même des Dieux, existent, car tout est possible. Et des êtres humains notamment peuvent totalement être des créations d’un Dieu. De même, plusieurs Dieux peuvent avoir créés des êtres humains. Dans cette vue, tous les êtres humains n’ont pas la même source.

Dans cette vue bouddhiste, des créations peuvent aussi émerger sans qu’il y ait le plan d’un Dieu. Cela pourrait représenter ces êtres que certaines spiritualités disent « égarés ». Au sein de ces êtres, il y a en effet des égarés avec une faible conscience de ce qui se joue pour eux, mais il y a aussi des consciences libres et pleines de sagesse, ayant accès à une plus grande partie de la création : c’est ce qu’on appelle des éveillés. Ces éveillés, il en existe de plusieurs degrés, éveillés partiellement (accès à un peu plus d’information que la moyenne des êtres humains) jusqu’à totalement éveillés (accès à toutes les dimensions de la création et de la vacuité).

Voilà ce qu’est la vue bouddhiste profonde, que j’ai essayé de rendre accessible. Je sais que beaucoup d’entre vous ne comprennent pas. Pas par manque d’intelligence, cela n’a rien à voir, juste parce que jusqu’à présent leur cognition, leur perception n’avait pas créé une telle vue. Comme le dit un proverbe Peul « Certaines vérités nous paraissent invraisemblables, tout simplement parce que notre connaissance ne les atteint pas. » A vous de décider si vous voulez développer ces connaissances et cette vue ou pas. C’est votre libre arbitre. La vue bouddhiste n’oblige personne à rien. Elle voit ce qui est là, visible. Elle voit que tous les possibles peuvent être créés. Elle voit au-delà aussi.

Et une petite dernière citation pour terminer ce post, le mantra de la sagesse « Tadyatha Om gate gate paragate parasamgate bodhi svaha ». Voici la traduction commentée « Allez, Allez (au-delà de la saisie immédiate de vos visions dualisantes : moi et les autres créations / phénomènes), Allez au delà (découvrez le sens originel et ultime de chaque chose), Allez complètement au-delà (par la perfection de la Sagesse Suprême), pour réaliser l’éveil absolu.

Beau week-end, au plus profond de vous-même, au-delà peut-être de ce que vous perceviez jusqu’à présent.

Christelle Hauteville-Chadorla

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(1) Il existe une infinité d’autres vues, mais nous nous en tiendrons aux 2 principales.

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Christelle Hauteville Chadorla

Philosophe – Auteure –  Chroniqueuse

L’alliance de 2 belles cultures, française et bhoutanaise, unissant raison, spiritualité et sagesses bouddhistes, pour plus de lucidité et de conscience.

Egalement :
– Formatrice et thérapeute en Libération émotionnelle et karmique, dans une approche de psychologie, philosophie et méditations bouddhistes appliquées
– Fondatrice et gérante du centre bouddhiste Chadorla

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